2025 : l’année où la conformité numérique est devenue une stratégie

2025 a été l'année où la conformité numérique est devenue une stratégie. Alors que la transition mondiale du papier vers des données électroniques structurées s'accélérait, les autorités fiscales du monde entier se sont rapprochées de manière décisive d'une réalité en temps réel.
Voici votre rétrospective complète des avancées majeures en matière de facturation électronique et de e-reporting de 2025.
2025 : l’année où la conformité numérique est devenue une stratégie
En 2025, la facturation électronique a évolué d’un projet informatique de back-office vers une stratégie commerciale centrale. Le principal moteur reste l'écart de TVA, la différence de plusieurs milliards d'euros entre les recettes fiscales attendues et perçues. Les gouvernements ne se contentent plus de rapports périodiques de synthèse - ils exigent désormais des données granulaires, au niveau des factures, au moment où elles sont émises.
Cependant, les entreprises avant-gardistes découvrent que ce « fardeau numérique » est en réalité un tremplin vers l’excellence opérationnelle. En allant au-delà de la simple conformité, les entreprises exploitent les données structurées pour automatiser les comptes fournisseurs, réduire les erreurs manuelles et améliorer considérablement les cycles de trésorerie. Ce changement représente une évolution fondamentale dans notre façon de concevoir la technologie fiscale : la conformité TVA n’est plus seulement un coût pour exercer une activité, mais une véritable opportunité de transformer et d’optimiser l’entreprise.
Les poids lourds : Lancements majeurs en 2025
Allemagne : La révolution de l’accueil
Le 1er janvier 2025, l'Allemagne a fondamentalement renversé le scénario de la facturation B2B. En vertu de la loi sur les opportunités de croissance (Loi sur les opportunités de croissance), la « primauté du papier » a pris fin. Bien que les entreprises aient jusqu’en 2027–2028 (selon la taille de l’entreprise) pour commencer à émettre des factures électroniques, chaque entreprise allemande devait être en mesure de recevoir des factures électroniques structurées (comme XRechnung, le CIUS allemand, ou ZUGFeRD, un équivalent allemand couramment utilisé, identique au CIUS français Factur-X) dès le premier jour de 2025.
Roumanie : boucler la boucle B2C
Le 1er janvier 2025, la Roumanie a considérablement augmenté les enjeux en imposant le e-reporting B2C obligatoire à l’échelle nationale. Toutes les transactions B2C domestiques doivent désormais être déclarées via la plateforme RO e-Factura, en complément du mandat B2B en place depuis le début de l’année 2024. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large du ministère roumain des Finances visant à lutter contre la fraude fiscale dans les secteurs vulnérables aux fraudes et à créer un écosystème fiscal numérique entièrement transparent.
Grèce : Au-delà de la facturation vers la e-livraison
La Grèce a fait progresser sa transformation numérique en étendant le système myDATA au secteur de la logistique. En avril 2025, le pays a lancé la première phase de son mandat de e‑livraison, obligeant les entreprises dont les revenus dépassent 200 000 € à déclarer les détails de transport en temps réel. Parallèlement, la Grèce a étendu son mandat B2G, exigeant que toutes les dépenses publiques supérieures à 2 500 € soient facturées électroniquement via le réseau Peppol, et a obtenu l’approbation de l’UE pour imposer un mandat B2B complet en utilisant le standard EN 16931.
Malaisie : Détente stratégique pour les PME
La Malaisie a lancé avec succès la Phase 2 (contribuables ayant un chiffre d’affaires ou des revenus annuels de plus de 25 millions RM) de son mandat MyInvois au début de 2025, puis la Phase 3 (pour les contribuables ayant un chiffre d’affaires ou des revenus annuels de plus de 5 millions RM) en juillet, intégrant ainsi les entreprises de taille moyenne. Cependant, la nouvelle la plus importante est arrivée en décembre 2025, lorsque le gouvernement a annoncé une décision visant à alléger la charge pesant sur les petites entreprises. Le seuil d’exemption de la facturation électronique a été relevé de 500 000 RM à 1 million RM, ce qui signifie que les contribuables dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à cette nouvelle limite seront dispensés de l’obligation de conformité à partir de 2026.
Chine : La réalité nationale de l’e-fapiao
La Chine a atteint un jalon historique en 2025 en achevant la transition nationale vers le système d’e-fapiao. Cette facture électronique contrôlée par le gouvernement sert de reçu fiscal officiel validé en temps réel, donnant à l’Administration d’État de la Fiscalité (SAT) une visibilité directe sur les transactions nationales B2B et B2C. Fin 2025, l’e-fapiao est devenue le format de facturation prédominant, éliminant effectivement les échéances séparées de e-reporting grâce à un modèle de « validation lors de l’émission ».
Nouvelles frontières : La conformité mondiale s’impose
Au-delà des déploiements majeurs, 2025 a vu une masse critique de mandats plus modestes, mais tout aussi significatifs, entrer en vigueur, confirmant que le virage vers la conformité numérique est véritablement un phénomène mondial s’étendant à l’Europe, aux Caraïbes, à l’Asie et au-delà. En voici quelques exemples :
La révolution Coretax de l’Indonésie : En janvier 2025, l’Indonésie a lancé son nouveau système Coretax, rendant la facturation électronique en temps réel et la validation obligatoires pour tous les contribuables assujettis à la TVA (PKP). Le mandat couvre les transactions B2B, B2G et les exportations, obligeant les entreprises à utiliser un portail central pour la validation.
Extension du mandat en République dominicaine : La région des Caraïbes a connu des progrès lorsque la République dominicaine a élargi son mandat le 15 mai 2025, exigeant que tous les contribuables de taille moyenne émettent et reçoivent des factures électroniques pour les transactions B2B et B2G.
La tenue de livres numérique s’impose au Danemark : Le 1er janvier 2025, le Danemark a appliqué la phase 2 de sa loi sur la tenue de livres, rendant obligatoire pour toutes les entreprises moyennes et grandes l’utilisation de systèmes de comptabilité numériques répondant à de nouvelles exigences strictes en matière d’intégrité et de traçabilité.
La Grande Attente : reports notables
Si les dernières années ont prouvé quelque chose, c’est que la transformation numérique est rarement linéaire. La complexité technique et la préparation de l’entreprise ont conduit à plusieurs pauses stratégiques en 2025 :
Pologne : Bien que le lancement obligatoire du système de facturation électronique KSeF ait été reporté de 2024 à 2026 par une annonce faite fin 2024, 2025 a marqué l’année où le cadre a été finalisé. Le 27 août 2025, le Président a signé la législation confirmant les dates de mise en production des 1er février et 1er avril 2026. La loi a introduit d’importantes mises à jour techniques (y compris KSeF 2.0 et le schéma FA(3)) ainsi que des mesures transitoires supplémentaires, telles qu’une période sans pénalités jusqu’à la fin de l’année 2026 et un report de l’obligation d’inclure le numéro de facture KSeF dans les paiements bancaires jusqu’au 1er janvier 2027.
Espagne : En 2025, l'attention s'est portée sur la préparation des logiciels de facturation pour la prochaine exigence VERI*FACTU, tandis que le mandat tant attendu de facturation électronique B2B à l’échelle nationale en vertu de la Crea y Crece restait sans dates de mise en œuvre confirmées. Des retards réglementaires persistants ont repoussé les attentes du marché concernant l’échange B2B obligatoire de plus en plus vers 2027. Ce calendrier a été encore renforcé lorsque l’annonce officielle concernant le déploiement de VERI*FACTU a elle-même été retardée fin 2025, repoussant également ses dates de début prévues vers 2027.
Lettonie : Le mandat obligatoire de facturation électronique et de reporting B2B, initialement prévu pour 2026, a été reporté en 2025 afin de donner aux entreprises plus de temps pour se préparer. À la suite d’une brève période de propositions législatives, le Parlement a formellement adopté de nouveaux délais en juin 2025. Le nouveau calendrier fixe la date obligatoire pour la facturation électronique et le reporting B2B domestiques au 1er janvier 2028, tout en précisant que le reporting obligatoire des transactions B2G au Service national des recettes (SRS) commencera le 1er janvier 2026.
Mandats futurs confirmés
2025 a également été une année de travail législatif préparatoire pour les années à venir :
Émirats arabes unis (EAU) : Les Émirats arabes unis ont transformé leur vision de la facturation électronique en loi le 29 septembre 2025, avec la publication des Décisions ministérielles 243 et 244. Ces décisions confirment une mise en œuvre progressive de leur système de facturation électronique, à commencer par un projet pilote volontaire en juillet 2026, avec une conformité obligatoire pour les grandes entreprises (chiffre d’affaires ≥ 50 M AED) à partir du 1er janvier 2027. Le système sera construit sur la norme Peppol PINT AE, les Prestataires de Services Accrédités (ASP) constituant une pierre angulaire du modèle DCTCE.
Slovaquie : Le mandat obligatoire de facturation électronique B2B et de reporting a été entièrement approuvé par le Conseil national le 9 décembre 2025, fixant la date de mise en service au 1er janvier 2027. En adoptant un modèle à 5 coins comparable à l’approche basée sur Peppol, le système de la Slovaquie s’appuiera sur des Prestataires de services accrédités (ASP), appelés «Facteurs numériques» (« facteurs numériques »), pour faciliter l’échange sécurisé et la déclaration en temps réel à l’administration fiscale.
Oman : Fin 2025, l’Autorité fiscale d’Oman (OTA) a consolidé la mise en œuvre de son initiative de facturation électronique Fawtara. L’obligation sera déployée en quatre phases, en commençant par un projet pilote pour 100 grands contribuables en août 2026, puis en s’étendant progressivement à toutes les entreprises enregistrées à la TVA d’ici août 2027. Le modèle repose également sur l’utilisation de prestataires de services agréés pour des échanges sécurisés.
Slovénie : En 2025, la Slovénie a opéré un changement définitif vers la facturation électronique B2B obligatoire, adoptant la Loi sur l’échange de factures électroniques et d’autres documents électroniques (ZIERDED) le 23 octobre. Cette loi fixe au 1er janvier 2028 la date de mise en service pour toutes les transactions B2B nationales, offrant une période de transition pour l’alignement du secteur privé sur les normes B2G. Il est à noter que la loi finale a abandonné l’exigence précédemment proposée de déclaration en temps réel à la FURS au profit d’un modèle d’échange décentralisé qui encourage l’utilisation de prestataires de services enregistrés («chemins électroniques du fournisseur», ou vaguement traduit, fournisseurs de e-itinéraires ou e-parcours) pour la conversion et l’échange de factures électroniques.
Irlande : À la suite d’une vaste consultation publique, l’administration fiscale irlandaise a officiellement publié sa feuille de route, «Modernisation de la TVA : Mise en œuvre de la facturation électronique en Irlande», en octobre 2025. L’Irlande suivra une approche progressive, en commençant par les grandes entreprises assujetties à la TVA le 1er novembre 2028. Le mandat combinera la facturation électronique et le reporting en temps réel, en s’appuyant sur le réseau Peppol pour atteindre un alignement complet avec ViDA d’ici juillet 2030.
Royaume-Uni : Dans une décision historique, le gouvernement britannique a officiellement confirmé le 26 novembre 2025, lors du Budget 2025, que la facturation électronique deviendra obligatoire pour toutes les transactions B2B et B2G enregistrées à la TVA à partir du 1er avril 2029. Le Royaume-Uni a signalé une préférence pour un modèle décentralisé « à 4 coins » basé sur Peppol.
Afrique du Sud : Les bases législatives de la transformation « Administration fiscale 3.0 » ont été posées en 2025 avec le projet de loi modificative sur les lois relatives à l’administration fiscale (TALAB). À la suite des consultations publiques de la fin de l’année 2025, le South African Revenue Service (SARS) a confirmé une feuille de route vers un déploiement obligatoire d’ici 2028, avec de forts signaux en faveur de l’adoption d’un modèle à 5 coins basé sur Peppol.
La « Promotion de 2025 », en particulier le Royaume-Uni, l’Irlande, la Slovénie et les Émirats arabes unis, marque un changement mondial notable. En confirmant des mandats qui s’étendent sur plusieurs années dans le futur, ces nations offrent aux entreprises la prévisibilité à long terme nécessaire pour des investissements substantiels en ERP et des réformes du système financier. La prévalence du modèle Peppol/Décentralisé dans ces confirmations indique un consensus mondial croissant sur l’équilibre entre la transparence fiscale et l’efficacité des entreprises.
La logique stratégique : CTC vs Peppol
Les « guerres des modèles » se sont affinées en 2025, évoluant d’un simple choix vers une nette division stratégique qui dicte l’avenir de l’application de la fiscalité à l’échelle mondiale. Le débat porte désormais moins sur la question de savoir « si » la facturation électronique est obligatoire et davantage sur la philosophie fondamentale de l’infrastructure de conformité. Deux approches dominantes ont émergé :
Contrôle continu des transactions (CTC) basé sur autorisation : Ce modèle traditionnel, populaire en Amérique latine et dans des pays comme l’Italie et la Pologne, exige que la facture soit «effacé» ou validé par l’autorité fiscale, souvent via un système central gouvernemental, avant ou pendant qu'il est envoyé au client. Il offre un contrôle maximal et en temps réel de l’état.
Le modèle de bourse décentralisée (basé sur 5 coins) : Ce cadre est axé sur l'interopérabilité. Il permet aux entreprises d’utiliser leurs propres Fournisseurs de Services Certifiés/Accrédités (CSP/ASP) pour échanger des factures en toute sécurité, en utilisant des réseaux comme Peppol. La principale distinction réside dans le rôle de l’Autorité Fiscale qui, dans ce modèle, agit comme un « 5ème coin» qui reçoit ou extrait des données en (quasi) temps réel, sans bloquer, point crucial, le flux de facturation interentreprises
L’examen du statut actuel des obligations de facturation électronique, tant celles déjà en vigueur que celles qui, d’ici 2025, ont été confirmées pour une mise en œuvre (future), révèle une division stratégique claire qui renforce les tendances établies. L'accréditation CTC le modèle reste le choix privilégié dans les juridictions à important déficit fiscal, en particulier en Amérique latine et dans certaines régions d’Europe. Ce modèle donne la priorité à la visibilité de l’État et au contrôle en temps réel. En revanche, le modèle d'échange décentralisé , en particulier l’approche à cinq coins/DCTCE, est en train de devenir la norme de facto en Europe et parmi les principaux partenaires commerciaux mondiaux au Moyen-Orient, tels que les Émirats arabes unis (EAU), favorisant l’interopérabilité des marchés et une intégration commerciale plus rapide.
Pour comprendre les principales différences entre ces deux modèles et les autres, lisez notre article de blog dédié «Le labyrinthe de la facturation électronique : Naviguer dans les modèles de conformité mondiaux».
Défis et technologies facilitatrices
La transition ne s'est pas faite sans difficultés. Les entreprises en 2025 ont eu du mal avec :
Intégration des systèmes hérités : mise à niveau des systèmes ERP pour produire des données XML au lieu de simples PDF visuels.
Signatures numériques : Naviguer dans les exigences complexes relatives aux signatures électroniques qualifiées (QES), qui varient selon les pays.
Formats fragmentés : gestion simultanée d’UBL, de CII et de diverses variantes XML nationales.
La technologie à la rescousse : 2025 a vu un essor des solutions de middleware cloud et des couches de conformité basées sur des API. Ces outils agissent comme un « traducteur universel », permettant à l’ERP d’une entreprise d’envoyer un flux de données unique qui est ensuite formaté et acheminé correctement pour répondre aux exigences spécifiques de chaque pays.
Tendances non mandatées : Les États-Unis et l’adoption volontaire
Fait intéressant, les États-Unis ont constaté une augmentation de la facturation électronique volontaire en 2025, même en l’absence de mandat fédéral. Les grandes entreprises ont commencé à adopter des normes basées sur Peppol pour rationaliser leurs processus de comptes fournisseurs, démontrant que les avantages de la facturation électronique, tels que des paiements plus rapides et moins d’erreurs manuelles, sont attrayants même sans la perspective d’un contrôle fiscal.
En perspective pour 2026
Si 2025 a été l’année de la « réception » et de la « planification », 2026 s’annonce comme l’année de « l’émission ». Avec la France, la Belgique, la Croatie, et d’autres encore, qui atteindront tous des étapes majeures l’année prochaine, la « phase Tornade » de la facturation électronique mondiale est officiellement arrivée.
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Danielle Kiener
Responsable Grands Comptes, Groupe Banqup
Danielle a 15 ans d'expérience dans la gestion de la relation client en matière de facturation et d'administration financière. Elle travaille actuellement à Genève, où elle soutient les clients mondiaux du groupe Banqup et aide les entreprises multinationales à numériser leurs processus. Au fil des ans, elle a été étroitement impliquée dans la transformation numérique de la facturation, y compris la direction d'initiatives de facturation électronique dans les régions EMEA et Asie-Pacifique pour une grande multinationale. Son expérience approfondie lui permet d'être toujours à jour sur les dernières réglementations et changements en matière de facturation électronique dans le monde entier.



